Flash-Mag

Les armes imprimées en 3D, nouvel ennemi de la régulation ?

By on avril 19, 2013
Pin It
3162159_7_9e2e_le-fusil-ar15-partiellement-realise-grace-a-une_57e5a3ae451c08e1956cf2d84c637eef

Au-delà du rejet du projet de loi proposant davantage de contrôles des ventes d’armes aux Etats-Unis – un vote jugé « honteux » par Barack Obama, les partisans d’un contrôle accru ont potentiellement un autre adversaire de taille : le développement d’armes « faites maison », créées à partir d’imprimantes en trois dimensions. Mi-mars, un étudiant de 25 ans en master de droit à l’université du Texas, Cody Wilson, a obtenu du Département de la justice américain une licence autorisant Defense Distributed, une petite société dont il est le fondateur, à fabriquer et à distribuer des armes en plastique à l’aide d’une imprimante 3D, rapportent plusieurs médias américains (ici ou ici).

Le jeune homme a lui-même annoncé la nouvelle sur Facebook, photo de la licence à l’appui. Les commentaires qui accompagnent cette nouvelle suffisent à témoigner du statut de héros dont bénéficie désormais ce jeune anarchiste libéral dans certains cercles aux Etats-Unis : « History is made », « The liberation of the American Patriot », « Congrats at jumping through all their bureaucratic hurdles ». Le magazine Wired le classe ainsi parmi les quinze personnes les plus dangereuses dans le monde, distinction dont il se targue sur sa page Facebook.

En décembre, Defense Distributed a réalisé, filmé et mis en ligne les essais d’un premier prototype. Un fusil AR15, le même modèle qui a servi à la fusillade meurtrière dans l’école de Newton, au cours de laquelle vingt enfants et six adultes avaient été tués le 14 décembre 2012. Le résultat était encore peu probant : seules les parties inférieures de l’arme provenaient d’une imprimante 3D, comme l’explique en détails Defense Distributed sur son blog, et le fusil s’est disloqué après six tirs.
Wilson et ses amis se sont contentés d’imprimer la partie opérationnelle de l’arme, qui comporte la glissière, la détente et le magasin, soit les pièces qui font que l’arme est considérée comme telle par les autorités. Le canon et le chargeur, eux, peuvent être acheté sur Internet, sans restriction d’âge ni contrôle particulier.

Invité sur le plateau de CNN pour conter ses exploits, Cody Wilson a fait part de son intention de créer son premier fusil automatique entièrement conçu grâce à une imprimante 3D d’ici à la fin du mois, seule certaines pièces devant, pour des raisons de résistance à la chaleur, rester en métal. Il projette ensuite d’en distribuer le mode d’emploi sur Internet sous licence open source, afin que chacun puisse répliquer l’engin. Nom du projet : Wiki Weapon.

Après avoir publié un catalogue collaboratif de pièces d’armes, son entreprise a lancé une campagne de financement participatif pour un moteur de recherche de fichiers d’impression 3D, qui a recueilli plus de 73 000 dollars sur les 100 000 demandés à huit jours de sa fin.

Cody Wilson se revendique du crypto-anarchisme, une philosophie politique hostile à toute forme de surveillance des communications et prônant le respect absolu de la liberté d’expression, de l’intimité et de l’anonymat sur Internet. Favorable à l’égal accès des citoyens à toute technologie, farouche opposant à toute tentative de contrôle, perçu comme une insupportable censure, Cody Wilson est tout autant attaché au premier amendement de la Constitution américaine (relatif à la liberté d’expression) qu’au deuxième, garantissant le droit de porter des armes.

S’il mène sa démarche à son terme, permettant à quiconque de fabriquer sa propre arme chez lui, ce jeune étudiant tuera dans l’œuf le débat sur le contrôle des armes à feu, que tente péniblement de faire vivre Barack Obama depuis la tuerie de Newton. Dans un documentaire, Click, Print, Gun (« Cliquez, imprimez, tirez ») du magazine Vice, visionné plus de 5 millions de fois sur YouTube depuis fin mars, il expose sa vision selon laquelle le principe même du contrôle des armes à feu serait d’ores et déjà caduc .
Au nom d’une certaine idée de la liberté, cet étudiant en droit s’apprête à fournir à quiconque – citoyens lambda, déséquilibrés de toutes sortes ou terroristes de toutes obédiences – les moyens de se fabriquer sans la moindre traçabilité une arme à feu, par ailleurs difficilement détectable dans un aéroport, par exemple.

PAS DE RÉGULATION POUR L’INSTANT

Cette vision est loin d’être partagée par la majorité des passionnés de l’impression 3D, envers lesquels Cody Wilson ne mâche pas ses mots. La création de sa société Defense Distributed, ainsi que ses projets de catalogue et de moteur de recherche libres, sont nés de la suppression de modèles d’armes par le plus grand répertoire de projets d’impression 3D, Thingiverse, après la fusillade de Newton. Dans sa campagne de dons pour un moteur de recherches libre, l’étudiant évoque une « censure » orchestrée par le gouvernement et Google, supportée par le fabricant d’imprimantes 3D Makerbot, à l’origine de Thingieverse. Le projet oppose ainsi les « gouvernements tyranniques » aux citoyens et leur droit à l’auto-défense.

Interrogé par le magazine Vice, le régulateur des armes aux Etats-Unis, l’ATF, ne voit pas encore le besoin de réguler ces armes imprimées, un dossier qu’il suit pourtant de près. « Nos experts ont examiné ces produits, et nous n’avons pas encore vu d’arme réellement fiable fabriquée avec une imprimante 3D », expliquait ainsi Earl Woodham, un porte-parole de l’organisation. Le régulateur ne s’inquiète ainsi pas pour l’instant de ces armes car elles ne sont pas « conçues pour durer des années ou des générations », contrairement aux armes vendues dans le commerce.

Soren Seelow et Guénaël Pépin

Partagez avec vos amis.

Share to Google Buzz
Share to Google Plus
Share to LiveJournal
Share to MyWorld
Share to Odnoklassniki
Share to Yandex

About The administrator